Léo Taillefer vient de créer le buzz avec sa vidéo de ski de la Vallée Perdue. Sa part dans HooDoo, de Gpsy Feelin, était aussi un petit chef d’oeuvre de créativité et de style, dans laquelle transparaît parfaitement sa personnalité joyeuse. Nous avons posé quelques questions à Léo Taillefer, entre backcountry, évolution du ski et trips de rêve…

Raconte nous ta saison de ski..
Malgré les conditions de neige chaotiques, j’ai quand même réussi à filmer pas mal autour de Val d’Isère/Tignes avec mes potes des Gpsy Feelin. Nous avons aussi eu la chance de partir au Japon, dans la région de Nagano, et c’était l’un des meilleurs trips de ma vie. 9 m de neige fraîche nous attendaient et nous avons découvert des spots incroyables et super variés. On ne savait plus par où commencer ! J’ai skié dans 25 pays en 26 ans, mais le Japon, c’est autre chose ! J’ai aussi adoré l’Amérique du Sud, j’y retournerai probablement un de ces jours car les possibilités de freeride et de rando y sont infinies.

Où puises tu ton inspiration, ta créativité ?


C’est la montagne qui m’inspire au quotidien : les reliefs, les volumes, une corniche, un rocher… Ca change tout le temps, avec le vent, les chutes de neige. Rien n’est jamais pareil ! Les spots me donnent l’idée, j’adapte le trick en fonction. Je passe pas mal de temps à rider dans la montagne pour repérer de nouveaux endroits. Cette année, j’ai essayé de faire des choses un peu «bizarres», inédites : des loopings qui retombent sur des cliffs, des virages relevés, une sorte de table à wheeling, des trucs qui repartent à l’envers. Souvent, on a deux jours de boulot pour préparer le terrain, et parfois on met des spots en attente jusqu’à ce qu’il reneige, c’est la montagne qui décide.

Tu as terminé 4ème du RedBull Linecatcher, auquel tu participes depuis la toute première édition. Pour toi, backcountry et compétition ne sont pas antinomiques ?


Disons que le Linecatcher n’est pas un contest comme les autres. Quand je suis arrivé sur la première édition, à 18 ans, je me suis retrouvé avec tous mes mentors, ces riders que je regardais dans les vidéos de ski. C’était incroyable, j’avais l’occasion de skier avec eux. Et puis petit à petit, j’ai progressé en même temps qu’eux, et maintenant, c’est plus un rassemblement entre amis qu’une véritable compétition. En plus, Julien Régnier fait ce qu’il faut pour que l’on skie dans les meilleures conditions sur une belle face et que l’on évite de se blesser. Cette année, on a eu de la chance, puisqu’on est 3 Gpsy dans les 4 premiers (Laurent De Martin 2nd, Flo Bastien 3ème, Léo 4ème, ndlr) ! On est tombés dans des poules différentes, ce qui nous a évité de nous affronter, et petit à petit on a éliminé les ricains, les allemands, les autrichiens.. C’était hallucinant de finir en finale, juste entre potes ! On a même fait de l’hélico tous ensemble, le tout payé par Red Bull, génial !

Ta vidéo filmée dans la vallée perdue, à Val d’Isère a créé le buzz… est ce que tu t’attendais à ça ?


Non, pas du tout, je trouvais même ce run pas très abouti et voulais y retourner pour recommencer. Et puis, je n’ai pas eu le temps donc j’ai balancé ça tel quel.. Je ne pensais certainement pas que ça allait prendre des proportions pareilles ! Au départ, je voulais filmer quelque chose de créatif pour le contest GoPro Line of The Winter, et j’ai donc pensé à shaper quelques trucs dans la Vallée Perdue. Ce spot, on y traîne depuis qu’on est gosses parce que c’est vraiment un endroit joli et cool à rider. Je pensais que ça pouvait être original, donc j’ai préparé des petits kicks ici et là. Sauf que le jour où j’y suis allé pour filmer, tout avait été détruit, ou du moins abîmé, par la grosse tempête de vent de la veille ! J’ai donc reshapé vite fait ce qu’il pouvait l’être et envoyé deux potes en éclaireurs, déguisés en yétis. Il y a souvent du monde qui se balade en ski dans la Vallée Perdue et il fallait donc éviter un accident. Mais personne ne prend au sérieux un Yéti qui vous dit de vous pousser car un malade va débouler à fond ! On a pas eu la meilleure idée du siècle.. Mais bon, en criant j’ai quand même réussi à me frayer un passage et à ne percuter personne !

 

Que penses tu de la direction que prend le ski freestyle actuellement, avec ces rotations dans tous les sens, et ce niveau qui devient dément ?
Je respecte totalement la performance.. Tous les ans je me dis : «ça y’est ils ont atteint les limites, c’est sûr, on va en rester là». Et chaque année, il y a de plus en plus de nouvelles rotations c’est dingue, je me demande où ça va aller ! Pour moi un saut qui dure plus de 2 secondes et demie en l’air c’est trop, je perd mes repères ! Là on est dans une autre dimension. Actuellement, les jeunes ont besoin d’avoir des qualités de gymnaste plutôt que de skieurs. Mais je ne juge pas ça, j’observe et je respecte. Le principe de notre sport, c’est justement que chaque soit libre de s’exprimer sur les skis comme il en a envie.

Photo de titre :© Sebastian Marko/Red Bull Content Pool